Abbeal

Automatisation

J'ai automatisé mon entreprise avec l'IA pendant six mois. Retour d'expérience sans filtre.

42 skills, 60 tâches planifiées, des victoires réelles et des bogues savoureux. Retour d'expérience honnête sur six mois d'automatisation IA — pis la vraie leçon que personne vend.

6 min

Ce que personne te vend dans les threads LinkedIn à base de « j'ai remplacé mon équipe par 12 agents pis je génère 40K MRR en dormant ».

Il y a quelques mois, j'ai fait ce que tout le monde promet de faire : j'ai confié une grosse partie de mes opérations à des agents IA. Relances commerciales, sourcing de candidats, publication de contenu, mise à jour du CRM, veille SEO, tri d'agenda. L'idée était simple et vaguement mégalomane : transformer un CEO de studio tech en chef d'orchestre d'une armée de robots polis.

Six mois plus tard, ça roule. Vraiment. Mais si tu cherches le témoignage extatique du gars qui a « unlocké la productivité 10x », passe ton chemin. Voici le vrai bilan — celui avec les chiffres, les bogues, pis l'ironie.

L'inventaire, ou comment on se retrouve avec 60 robots sans s'en rendre compte

À ce jour, l'édifice compte 42 « skills » (des modules spécialisés) pis une soixantaine de tâches planifiées, dont environ un tiers sont déjà désactivées. Désactivées, pas parce qu'elles marchaient pas, mais parce qu'elles marchaient trop bien, chacune dans son coin, pis qu'il a fallu en fusionner une douzaine dans un moteur unique pour arrêter la prolifération.

Premier enseignement, gratuit : l'automatisation réduit pas la complexité, elle la déplace. Tu gères plus des tâches, tu gères des automates qui gèrent des tâches. Pis les automates, comme les stagiaires, ont besoin qu'on leur explique très précisément de pas envoyer le courriel au mauvais destinataire.

Ce qui marche (pis c'est réel)

Soyons justes, parce qu'il y a de vraies victoires.

La publication de contenu est le pipeline le plus mûr : les posts partent tout seuls, sur les bons profils, aux bons horaires, avec un mécanisme d'auto-réparation qui rejoue un post raté les jours suivants. Zéro intervention pendant des semaines.

Le classement des comptes-rendus de réunion dans le CRM a connu son jour de gloire : une seule passe a transformé 28 transcripts en 60 actions CRM pis 19 fiches candidats, sans un seul doublon. Le genre de tâche que personne a jamais faite un vendredi soir de gaieté de cœur.

Pis mon préféré, parce qu'il est modeste : le nettoyage des créneaux d'agenda orphelins, qui rapporte fidèlement, jour après jour, « 50 rendez-vous, 0 orphelin ». Un petit robot consciencieux qui fait sa job dans le silence. On s'attache.

Ce qui plante (pis c'est instructif)

Maintenant, la partie que les vendeurs de rêve omettent.

Le bogue qui envoie le courriel à soi-même. Sur une relance où le prospect a jamais répondu, le système allait chercher « le dernier expéditeur du fil » pour déterminer le destinataire… pis ce dernier expéditeur, c'était moi. Résultat : des relances soigneusement rédigées, envoyées avec entrain, à moi-même. Le robot renvoyait un fier « OK, envoyé ». Techniquement, il avait pas menti.

Le jour où les variables se sont pas remplies. Trois courriels sont partis à des prospects avec, en plein milieu du texte, un morceau de code brut non interprété au lieu du contenu prévu. En interne, on a appelé ça pudiquement « brand damage ». Le prospect, lui, a surtout dû se demander s'il parlait à une entreprise ou à un script cron enrhumé.

Les brouillons qui se reproduisent. À un moment, l'anti-doublon vérifiait la mémoire interne mais pas l'état réel de la boîte courriel. Conséquence : jusqu'à cinq brouillons empilés sur un même fil. L'IA était pas paresseuse. Elle était trop zélée. C'est pire.

Pis il y a la catégorie « l'infrastructure du monde réel coopère pas » : des vagues entières de tâches en mode dégradé parce qu'une API tierce était inaccessible, des quotas LinkedIn qui bloquent les invitations en boucle, pis — cerise sur le gâteau — un audit interne récent qui a lui-même été interrompu par une limitation de débit. Autrement dit : le robot chargé de vérifier la santé des robots s'est fait jeter par le même type de panne qu'il était censé surveiller. Il y a une leçon d'humilité là-dedans.

Les trois vérités qu'on écrit jamais sur les slides

1. Automatiser, c'est empiler des garde-fous. Mon module de relance en est à sa vingtième version. Son historique se lit comme un cimetière : chaque bogue porte le nom d'un prospect ou d'un candidat, pis chaque incident a accouché d'une nouvelle règle. Vérifier l'agenda avant de proposer un créneau. Vérifier que le jour correspond bien à la date. Filtrer les réponses automatiques. Pas recontacter quelqu'un deux fois en douze heures. Le ratio entre le code de « sécurité » pis le code de « logique métier » est écrasant. L'IA fait 80 % de la job en 20 % du temps ; les 20 % restants prennent 80 % du temps, pis c'est eux qui décident si t'as l'air sérieux ou ridicule.

2. Sur les sujets sensibles, l'humain reste aux commandes — pis c'est ce qui sauve. Tout ce qui touche au juridique, aux impayés, aux négociations délicates est jamais envoyé automatiquement : c'est remonté pour validation. Cette règle est pas née d'un principe abstrait de gouvernance. Elle est née d'incidents. On automatise ce qui est réversible ; on garde la main sur ce qui l'est pas. C'est moins sexy qu'un agent autonome, mais ça évite les catastrophes signées de ton nom.

3. Le vrai goulot était pas technique. C'était la taille du marché. Voilà la découverte la plus contre-intuitive. À force d'optimiser la machine à contacter des gens, elle s'est mise à tourner à vide : « saturation forte, 17 comptes sur 20 déjà contactés il y a moins de 30 jours ». Le problème était plus « comment envoyer plus », c'était « il y a plus personne de nouveau à qui envoyer ». On peut construire le pipeline le plus intelligent du monde ; il fabrique pas de prospects qui existent pas. L'automatisation crée pas de marché. Elle épuise plus vite celui que t'as.

Alors, on continue ?

Oui. Sans hésiter. La machine me fait gagner un temps réel, absorbe des tâches que personne aimait, pis me force à formaliser des processus que je gardais dans ma tête. Mais elle m'a pas remplacé, pis elle a remplacé personne. Elle a créé un nouveau métier : celui de gardien de robots. Un métier où on passe ses journées à écrire des règles pour empêcher des systèmes très rapides de faire très rapidement des niaiseries.

Si tu te lances, retiens ceci : l'IA est pas un employé, c'est une centrale électrique. Extrêmement puissante, indifférente aux conséquences, pis qui a besoin d'un paquet de disjoncteurs. Le fantasme, c'est l'autonomie. La réalité, c'est la supervision — juste à une échelle nouvelle.

Pis honnêtement ? C'est déjà énorme. Ça a simplement rien à voir avec ce qu'on te vend.

Sébastien Lonjon est le fondateur d'Abbeal, studio tech présent à Paris, Montréal pis Tokyo. Ce texte est un retour d'expérience interne, chiffres à l'appui. Aucun robot a été maltraité pendant sa rédaction — quelques-uns ont juste été débranchés.

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