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Apprendre le japonais — Mon parcours jusqu'ici · Partie 3 : routine quotidienne et recommandations
Après le growth mindset (Partie 1) et le système d'habitudes qui remplace la motivation (Partie 2), Alex Lim partage sa routine japonais quotidienne : WaniKani, Minna no Nihongo, Satori Reader, podcasts, VTubers, cafe study sessions, et la « golden habit » avec l'IA qui relie tout.
Senior Engineer chez Abbeal, Pôle Asie · Tokyo. React, testing frontend, software craftsmanship. Apprend le japonais depuis 2022.
Après avoir parlé du growth mindset et de la façon dont j'ai tenu bon ces quatre dernières années, il est temps de partager comment j'ai étudié, ainsi que les manuels et outils qui m'ont aidé.
C'est très subjectif, et chacun est différent, donc ça ne te correspondra peut-être pas. Prends ce qui te semble utile pour ton propre parcours et laisse le reste.
Je ne vais pas argumenter sur quel est le meilleur manuel pour débutant ou la meilleure app pour apprendre les kanji. Il existe des tonnes de super ressources, et certaines marcheront mieux que d'autres selon la personne.
Le plus important, c'est de faire tenir le système d'habitudes et de mettre suffisamment de volume pour construire des fondations solides. On sait déjà que ça prend du temps, c'est pour ça qu'il est crucial de s'assurer qu'on suit notre système presque en pilote automatique.
Panorama de la langue
Regardons les composantes de la langue :
- Hiragana et Katakana
- Kanji et vocabulaire
- Grammaire
- Compréhension écrite
- Compréhension orale
- Expression orale
Et n'oublions pas les boss cachés : conscience culturelle, langage honorifique, savoir lire l'air (kūki wo yomu), et autres subtilités. Par exemple, même si quelqu'un utilise les bons mots, la bonne grammaire et une prononciation native, s'il essaie de faire passer de l'ironie ou de l'humour noir, il y a de grandes chances que ça ne résonne pas chez les Japonais.
Toutes les composantes peuvent être étudiées individuellement. À mesure qu'on progresse dans chacune, les pièces commencent à se connecter et les choses prennent du sens. On navigue souvent entre plateaux et phases de percée à mesure qu'on avance.
Alors, par où commencer ?
Dans mon cas, j'ai suivi le même process que celui que j'ai utilisé pour apprendre l'anglais. Je suis loin d'un niveau natif, mais c'est suffisant pour le travail et la vie quotidienne.
Quand j'apprenais l'anglais, je me concentrais surtout sur l'écoute et la lecture, et le speaking est venu bien plus tard. Commencer avec beaucoup d'input avant de construire progressivement l'output a bien marché pour moi, donc j'ai fait pareil pour le japonais. Certains ne seront pas d'accord et se focaliseront plus sur l'oral. C'est totalement OK, et comme dit plus haut, fais ce qui te correspond le mieux.
Ça ne me dérange pas de repousser l'oral parce que je pense qu'avec la maîtrise de l'écoute et de la lecture, l'oral est une question de pratique. Et avec le japonais, l'oral ne t'aidera pas beaucoup avec la lecture à cause des kanji.
Le grind
Je regroupe ces composantes ensemble :
- Hiragana et Katakana
- Kanji et vocabulaire
- Grammaire
- Compréhension écrite
Il y a deux raisons à ça. La première, c'est qu'elles dépendent lourdement les unes des autres, même si on peut se concentrer sur chacune individuellement. La seconde, c'est qu'il faut bloquer du temps et s'asseoir. Il faut se concentrer et faire le boulot chaque jour. C'est répétitif, ennuyeux par moments, et ça peut donner l'impression de bosser pour des examens. Il n'y a pas de raccourci, et c'est là qu'on perd beaucoup de camarades en route.
Hiragana et Katakana
Les bases des bases. C'est l'alphabet japonais et c'est la partie la plus facile. Pas de recommandation particulière ici. Tu peux faire des flashcards avec Anki, utiliser des apps comme Hiragana Pro et Katakana Pro, ou juste imprimer l'alphabet sur papier et l'apprendre.
Kanji et vocabulaire
Les kanji sont des caractères chinois utilisés dans le système d'écriture japonais. Il faut en apprendre environ 2000 pour une maîtrise complète.
Les kanji ont trois types de lectures, dont deux principales : les prononciations dérivées du chinois (on'yomi 音読み) et les lectures japonaises natives (kun'yomi 訓読み). Le troisième type est nanori (名乗り), que tu peux ignorer sans souci au début, car il est surtout utilisé pour les noms et lieux.
Les mots de vocabulaire sont composés de hiragana, katakana, un seul kanji, plusieurs kanji combinés (jukugo 熟語), ou d'un kanji suivi de hiragana (okurigana 送り仮名). Pour aller plus loin, je recommande cet article.
C'est un peu overwhelming, non ? C'est l'un des grands murs quand on apprend le japonais. Ça repose beaucoup sur la mémorisation et ça prend du temps. Au début, je me demandais pourquoi les choses devaient être si compliquées, mais en continuant, j'ai commencé à apprécier la beauté des kanji et la façon dont ils simplifient en fait la lecture.
J'utilise WaniKani, et ça marche bien pour moi. J'ai pris l'abonnement à vie pendant leurs soldes de fin d'année, et je suis actuellement niveau 52. Ça veut dire que j'ai vu tous les kanji nécessaires pour le JLPT N2. Ça ne veut pas dire que je me souviens de chacun d'entre eux, mais je suis maintenant en mode consolidation.
Si tu décides d'utiliser WaniKani, ma recommandation perso est de viser le niveau 30 avant de ralentir. Pourquoi ? Tu trouveras une explication détaillée grâce à ce post WaniKani.
En bref, ça se résume à des rendements décroissants. Il y a trop de choses à faire, et il faut déplacer ton focus et consolider ton apprentissage à travers différents formats, comme lire plus ou écrire.
Je ne sais pas encore écrire les kanji. C'est difficile de tout faire à pleine capacité, donc j'ai choisi de mettre l'écriture de côté au début. Maintenant que j'ai couvert WK jusqu'au N2, je peux me libérer du temps pour ça. Ça va aussi m'aider à renforcer les kanji et le vocabulaire que j'ai appris. Des amis m'ont recommandé l'app Kanji Study.
Grammaire
C'est là qu'un bon prof est essentiel, particulièrement au début pour construire des fondations solides. J'ai commencé avec Minna no Nihongo Shokyū I et II. J'ai bossé sur les deux manuels avec un prof à raison de deux heures par semaine (financées par mon entreprise) et j'ai fait de l'étude en plus sur mon temps libre.
Après avoir fini Minna no Nihongo I et II, j'ai pu bosser tout seul avec le livre TRY!日本語能力試験N3.
Les manuels couvrent la plupart des composantes de la langue de manière équilibrée, sauf l'oral, car les conversations réelles sont trop différentes des dialogues de manuel.
Au début, avoir un prof qui peut expliquer la grammaire et les nuances culturelles en anglais (ou dans ta langue maternelle) est crucial. Petit à petit, les leçons devraient basculer entièrement en japonais. Tu peux demander à ton prof de repasser en anglais uniquement quand une explication plus simple en japonais échoue, ou juste te donner des mots-clés individuels pour que tu reconstitues le sens toi-même.
C'est OK si tu ne comprends pas tout tout de suite. Vois ça comme un puzzle avec des pièces manquantes. À mesure que tu continues et que tu revisites les concepts, les pièces manquantes viendront naturellement se mettre en place.
Comme dans notre langue maternelle, on finit par arriver à un point où on choisit naturellement la bonne grammaire sans réfléchir à la règle. On ne se souvient pas explicitement des règles, mais ça sonne juste, naturel. C'est ce vers quoi on doit tendre, et ça demande de la pratique pour que les règles tournent au niveau subconscient.
Compréhension écrite
Au début, je pratiquais la lecture à voix haute avec mon prof pour avoir un feedback direct sur la grammaire, les expressions, les nuances culturelles, la prononciation, le rythme, etc.
Après avoir atteint un niveau intermédiaire, j'ai arrêté de consacrer du temps spécifique à la lecture à voix haute en cours pour me focaliser sur la grammaire et la conversation. Je continue à lire sur mon temps libre et je collecte les questions que j'ai pour les discuter au prochain cours.
La compréhension écrite, c'est une question de volume. Les manuels ne suffisent pas, donc il faut lire autant que possible. Le truc difficile, c'est qu'il faut d'abord une certaine maîtrise des kanji et du vocabulaire, mais aussi des concepts de grammaire. Sinon, ça devient trop pénible.
Il n'y a pas pénurie de contenu, mais il faut diversifier. Tu peux lire des histoires pour enfants, des romans japonais, des journaux, des blogs, et même demander à une IA d'écrire du contenu japonais adapté à ton niveau actuel.
Voici quelques ressources utiles :
J'utilise principalement Satori Reader. Il propose des histoires originales avec de l'audio pro, ce qui est génial pour pratiquer l'écoute et le shadowing (répéter ce qu'on entend au fur et à mesure).
Compréhension orale
Comme pour la lecture, l'écoute demande du volume, et on a pratiquement du contenu illimité. Perso je n'utilise pas Netflix pour regarder des dramas japonais ou des animes pour apprendre. Ça peut aider, mais je trouve ça un peu trop passif et moins applicable aux situations de la vie quotidienne.
La meilleure façon de progresser, c'est d'être intentionnel et d'éviter l'écoute passive, au moins jusqu'à un niveau avancé. Parfois, il faut passer en « mode étude » pour analyser une vidéo plutôt que juste la laisser tourner en fond. Essayer de résumer ce qu'on a compris avec ses propres mots demande plus d'effort, mais on progresse beaucoup plus vite.
YouTube est la meilleure plateforme pour regarder et écouter du contenu japonais comme des news, podcasts, entertainment, documentaires, et bien plus. De temps en temps, regarder des vidéos avec les sous-titres japonais est génial pour entraîner la reconnaissance des kanji.
Je me concentre principalement sur les podcasts faits pour les apprenants du japonais. J'ai récemment découvert le monde des Virtual YouTubers (VTubers), qui est une grosse industrie ici au Japon, où tu peux écouter des vidéos long format sur des sujets variés. Même si j'ai essayé, je préfère toujours les podcasts et j'écoute des VTubers occasionnellement pour diversifier.
Voici quelques chaînes que je recommande :
- YUYUの日本語Podcast
- Bite Size Japanese
- あかね的日本語教室
- OkkeiJapanese
- Rei Ch. 悠針れい (VTuber) — les formats vidéo longs sont dans la section Live
Expression orale
Le plus dur avec l'oral, c'est de trouver des gens qui te donnent l'espace pour faire des erreurs.
Pratiquer avec un prof de japonais ou utiliser des outils IA, c'est un super point de départ, mais tu ne peux pas rester dans cette bulle confortable éternellement.
Il faut trouver des gens avec qui parler et te préparer à faire des tonnes d'erreurs. Ça peut être gênant, mais c'est une partie inévitable du processus. C'est plus facile si tu vis au Japon, mais tu peux aussi trouver des communautés locales sur Meetup ou une communauté en ligne.
Je recommande de trouver un partenaire d'échange linguistique qui veut apprendre l'anglais ou ta langue maternelle. Si tu as une conversation d'une heure, sépare le temps : 30 min en japonais et 30 min dans l'autre langue, plutôt que de mixer les deux. Ça peut sembler un peu rigide, mais poser des limites claires garantit que vous pratiquez tous les deux réellement. Ça n'empêche pas de passer un bon moment et de construire une relation.
Garde toujours le respect mutuel à l'esprit. Utilise le japonais comme un outil pour vraiment te connecter avec un autre être humain, plutôt que de traiter ton partenaire comme un simple sparring partner de langue.
Ma routine quotidienne
Ça va sembler simple, mais le plus dur c'est de tenir dans la durée. J'essaie de m'immerger dans le japonais autant que possible. Je bloque du temps pour le japonais dans mon Google Calendar et je track la complétion dans un journal d'habitudes.
Chaque jour, ma routine inclut :
- WaniKani (15 nouvelles leçons + toutes les reviews) : j'ai initialement foncé jusqu'au niveau 30, puis j'ai mis les nouvelles leçons en pause pour me concentrer sur les reviews et la lecture. Une fois toutes les reviews clean, j'ai repris les leçons jusqu'au niveau 52. Maintenant je suis revenu en mode review, et je vais commencer à apprendre à écrire.
- Satori Reader : lire un article à voix haute.
- Écoute : podcasts sur YouTube ou Spotify pendant le déjeuner, le dîner, les pauses et les trajets.
- Manuels & IA : réviser une leçon ou faire des exercices dans un manuel comme Minna no Nihongo (maintenant j'utilise 新完全マスター). J'ai aussi commencé à utiliser des outils IA pour pratiquer.
J'ai deux heures de cours par semaine, durant lesquelles j'étudie un manuel (新完全マスターN2) et je pratique la conversation.
Les week-ends, quand je peux, je bloque un temps d'étude plus long dans mon Google Calendar et je rejoins parfois un groupe de gens internationaux et japonais.
Un avantage de vivre au Japon, ce sont les « cafe study sessions ». Je vais souvent dans des cafés pour bosser sur des projets perso, même si parfois je fais juste semblant de bosser en écoutant discrètement les conversations à côté pour la pratique de l'oral !
J'ai construit une « golden habit » que je recommande fortement : dès qu'une pensée surgit dans ma langue maternelle, je me demande comment le dire en japonais. Après avoir galéré, je demande ou je confirme avec Gemini App. L'IA est incroyable pour apprendre n'importe quoi si on l'utilise intentionnellement.
La liste de ressources que j'ai présentée n'est pas exhaustive, et il y a plein d'autres super outils. Ma recommandation, c'est de ne pas utiliser trop de ressources, mais de se concentrer sur quelques-unes et de les maîtriser.
On a naturellement tendance à chercher la nouveauté ou la méthode la plus facile, la plus divertissante. Mais le vrai progrès demande de rester sur une chose, de grinder, et de faire le boulot nécessaire pour atteindre nos objectifs.
La friction et la lutte font partie du processus d'apprentissage. Personne ne va à la salle en espérant des résultats sans transpirer et sentir la brûlure.
Un rappel sur le JLPT
Je fais souvent référence au JLPT parce que c'est une baseline solide pour évaluer ses progrès en dehors de la capacité à parler. Il donne aux apprenants une direction, un objectif tangible, et un sentiment d'accomplissement quand on l'atteint.
Cependant, apprendre le japonais, c'est plus que décrocher un certificat JLPT. Plein de locuteurs fluides n'ont jamais passé l'examen. Ce n'est pas une obligation, mais ça ouvre des opportunités, surtout si tu veux vivre et travailler au Japon. En fait, avec les récents changements de politique d'immigration qui se passent ici, dans certaines situations, avoir le JLPT N2 ou un équivalent peut être requis.
Le parcours continue
Cet article conclut ma mini-série en trois parties sur quatre ans d'apprentissage du japonais. Je ne m'attendais pas à écrire autant quand j'ai commencé ! Même si je sens qu'il y a des détails et des nuances que je pourrais peaufiner davantage, ou même ajouter d'autres sujets, je choisis de résister à l'envie de rendre ça « parfait ».
J'espère que cette série t'encourage à continuer de pousser dans tes études de japonais jusqu'à atteindre un niveau dont tu seras fier. C'est une langue belle, exigeante, et chaque effort que tu y mets vaut le coup.
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