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IA

La bulle n'est pas où vous croyez

Oui, il y a une bulle sur l'IA. Non, elle n'est pas sur la technologie, elle est sur les valorisations. Pourquoi un dirigeant doit investir dans la techno, pas dans la spéculation.

4 min

Tout le monde me pose la même question en ce moment. « Seb, c'est une bulle, l'IA ? »

Ma réponse tient en une phrase. Oui, il y a une bulle. Non, elle n'est pas sur la technologie. Elle est sur les valorisations.

Ces deux choses n'ont rien à voir. Et confondre les deux, c'est la meilleure façon de prendre une mauvaise décision cette année.

L'histoire se répète

En 1840, l'Angleterre est prise de folie pour le chemin de fer. Les investisseurs se ruent sur les actions ferroviaires. La bulle explose, des fortunes disparaissent. Mais les rails, eux, restent. Ils transforment le pays pour un siècle.

En 2000, rebelote avec Internet. Le Nasdaq s'effondre. Et pourtant, Internet a bel et bien changé le monde. La bulle financière et la révolution technologique étaient vraies en même temps.

L'IA, c'est exactement ça. La révolution est réelle. Le sur-investissement financier aussi. La question n'est pas de choisir un camp, c'est de comprendre que les deux cohabitent.

Ce qui est réel

La révolution est là. Je le vois tous les jours, sur le terrain, chez nos clients. Des pipelines RAG en production avec du vrai uptime. Des agents qui automatisent des workflows métier qui coûtaient des dizaines de milliers d'euros par an. Du code review automatisé en banque. Ça marche. Ce n'est pas une démo Twitter, c'est de l'ingénierie qui tourne.

Quand une techno vous fait gagner 20% sur vos coûts de support ou divise par trois vos délais de dev, ce n'est pas de la hype. C'est un avantage compétitif. Et il se prend maintenant.

Ce qui est fou

Maintenant, regardez le marché.

Les Big Tech vont dépenser environ 660 milliards de dollars en IA cette année. Alphabet a annoncé jusqu'à 185 milliards de capex, presque le double de l'an dernier. Résultat immédiat : sell-off, parce que personne ne sait quand tout cet argent se transformera en bénéfices.

Nvidia a touché 4 500 milliards de capitalisation. Les cinq premières valeurs du S&P 500 pèsent 30% de l'indice, la plus forte concentration depuis un demi-siècle. Et le plus troublant, ce sont les deals circulaires : Nvidia investit dans OpenAI, qui commande des puces Nvidia, financées par du cloud Microsoft, qui possède 27% d'OpenAI. L'argent tourne en rond et gonfle une demande qui a l'air plus solide qu'elle ne l'est.

Pendant ce temps, une étude du NBER de février montre que 90% des entreprises ne constatent encore aucun impact mesurable de l'IA sur leur productivité.

Le décalage est là. La techno crée de la valeur réelle mais modeste, aujourd'hui. Les marchés, eux, ont déjà pricé la révolution complète, celle de 2035.

Ma conviction de dirigeant

Voilà où je veux en venir. La bonne question n'est pas « faut-il croire à l'IA ? ». C'est « où mettre son argent ? ».

Ma réponse : investissez dans la technologie, pas dans la spéculation.

Investir dans la technologie, c'est bâtir une capacité durable dans votre entreprise. Armer vos équipes, industrialiser vos POC, mettre de la vraie IA en production sur vos process. Ce retour-là, vous le contrôlez. Il est mesurable. Il ne dépend pas de l'humeur du Nasdaq.

Et surtout, faites-le de façon agnostique. Ne vous mariez à aucun modèle, aucun fournisseur, aucune plateforme. Construisez votre stack pour pouvoir changer de moteur demain sans tout refaire. Ceux qui ont tout misé sur un seul acteur en 2023 sont en train de le payer.

Parce qu'il y a une bonne nouvelle que personne ne regarde : le prix des modèles s'effondre. À intelligence égale, l'inférence coûte aujourd'hui une fraction de ce qu'elle valait il y a dix-huit mois, et ça continue de baisser. C'est le meilleur moment de l'histoire pour construire. Vous captez la puissance pendant que le prix chute. Profitez-en, restez portable, et laissez les fournisseurs se battre entre eux sur les tarifs.

Investir dans les actions au sommet du cycle, c'est l'inverse. Parier que des multiples déjà extrêmes vont encore grimper. Ça, vous ne le contrôlez pas.

Ce qu'il faut retenir

La révolution est évidente. L'investissement financier est excessif. Ces deux vérités cohabitent, comme le train en 1840 et Internet en 2000.

Le piège, pour un dirigeant, c'est de tout mélanger. Soit vous devenez euphorique et vous surpayez tout ce qui a « IA » dans son pitch. Soit vous devenez cynique, vous criez à la bulle, et vous ratez la seule vague technologique de votre génération.

La sortie, c'est la discipline. Adoptez la techno vite, de façon agnostique, en profitant des prix bas. Payez les valos lentement. Mettez votre énergie là où le ROI se mesure en semaines sur vos propres opérations, pas en promesses sur un ticker.

La bulle finira par se dégonfler. La révolution, elle, continuera. Comme les rails après le krach. Positionnez-vous pour survivre à la première et profiter de la seconde.

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